10 000 Bornes (Julia Tabakhova, Jean Pascal Princiaux) : c'est à ses agencements ésotériques que sont soumis secrètement les personnages du film. 120 cartes. Multiple original, 15 exemplaires numérotés, ed. MC, Paris 2004.

 

2003. Le monde à changé, vous aussi. Vous êtes important maintenant, et vous devez parcourir 10 000 Km - 10 000 bornes. Vous honorez vos rendez-vous et veillez à votre état de forme. En cas d'attentat, vous sollicitez l'intervention des services spéciaux. Vous faites ce qu'il faut pour accomplir vos missions, et ne quittez vos partenaires qu'après les avoir comblé(e)s. Toutes ces situations sont représentées au 10000 Bornes par des cartes. Des bornes, des rendezvous, des cafés, l'amour, des attentats, des psychotropes...

Les lois de la physique quantique sollicitent les notions de probabilités et d'incertitudes à l'inverse de la physique classique qui est déterministe. Les particules quantiques peuvent notamment être belles, vraies, étranges et charmées. Et d'après Baudrillard: "La séduction, elle, est ce qui précipite les termes l'un vers l'autre, ce qui les réunit dans leur maximum d'énergie et de charme et non ce qui les confond dans leur minimum d'intensité." Mais alors, les sentiments humains sont-ils semblables aux particules quantiques dans leur comportement, leur impermanence et leur irrationalité? Chaque joueur sera une particule quantique dotée d'une saveur, d'une charge et d'une parité. Il devra parcourir une trajectoire spécifique déterminée par sa charge et sa couleur. Mais rien n'est acquis, les particules interagissent et les cartes peuvent bouleverser le jeu à tout moment... Claire Sistach.

Jeu Amour Quantique (Claire Sistach) : jeu de plateau, liant les com-portements de séduction à la physique quantique. C'est le Mac Guffin de CostumeGris, tous les personnages s'y intéressent.

COSTUMEGRIS - Pièces à conviction. Photographies, objets, films, jeux. 2004, galerie michele chomette, Paris Jean Pascal Princiaux Club / Julia Tabakhova, Boris Ramonguilhem, Octave Berger, Yuna Mathieu, Claire Sistach. Partenaires : AVSys, Dujardin international, Loca.Image, Monin SA.
ShareMonsieur 5, film numérique, 13 minutes, 2004

Intention de faire de Shakespeare Machine un instrument approprié à l'objet projeté: un instrument pour glisser sur le langage. Sans transposer le cinéma dans le musée (même hors les murs), mais de s'approprier ce format, utiliser ses outils, installant une situation contrôlée, écrite, un espace défini - lumière, profondeur de champs, cadre - pour aspirer les visiteurs dans une pseudo-fiction qui joue sur une impression de récit. Une certaine texture temporelle, un enchaînement des signes, un jeu de limites appliqué à une durée, avec la question de la fin.

Pour manipuler la causalité, lubrifier la surface de contact, dillater la distance du spectateur à l'œuvre, et " effectuer une pénétration dans la zone des trophées ".

Cinéma Snuff féerie Snuff
Projet Ecriture Intention Idée
Production Exécution Matière Captation
Post-production Finition Ecriture
Ecran Vraisemblance Confusion des genres Effet de réalité

Intention

Le film comme dispositif pour "faire entrer" le visiteur dans un espace. A une certaine distance du sens. Les personnages sont là pour la fixer. Le personnage principal, celui qui porte un costume gris, est transparent. On ne le voit pas : la caméra est subjective. C'est une auberge espagnole, la seule psychologie en jeu est celle de chacun. Tel est même l'enjeu. L'aspirer, lui, dedans, tout seul, sans personne. Les autres (les personnages) ne lui sont d'aucun secours, oscillant entre leur vie réelle et l'effet spécial, détournés d'eux mêmes, inaccessibles. Il n'y a pas de connivence, juste de l'attraction. Une situation difficilement déchiffrable, un trampoline mental plus qu'un scénario : kaléidoscope de sens possibles qui joue le faux souvenir et l'altérité, pas la compréhension. L'autre n'est pas projeté, écrit, construit. Il est capté, séduit, légèrement à côté des repères, hors de son repaire. Je t'attends à la sortie. CostumeGris est féerique et snuff. Il ne joue pas la vraisemblance psychologique, mais l'insignifiance et la crudité de situations réelles, transposées dans une fantasmagorie ouverte, un espace à n dimensions, où les causes et les effets ne se rejoignent pas. CostumeGris pose une question de choix de niveau de réalité.

JPPClub

Programmation, audiovisuel, jeu, événement, installation, objet

Hybride label/société secrète, ayant une vocation de recherche et d'exploration du langage contemporain. Dénomination établie par Pierre Emm. Meunier pour faire état d'un mode d'activité : un travail collégial hypermédia. Les invités, souvent artistes plasticiens, participent en fonction de leurs affinités - conceptuelle ou formelle avec les projets - et non d'une compétence technique précise. Cette organisation s'avère très adaptée à l'environnement actuel, tant sémantique que technologique.

En cours de réalisation

CostumeGris est structurellement singulier, aux antipodes du cinéma. Son écriture n'est pas préalable à sa réalisation. Il nécessitait donc un début de mise en œuvre pour être formalisé en tant que projet explicite. Cette situation permet d'évaluer, en connaissance de causes, le bien fondé des hypothèses qui sous-tendent cette initiative. La séquence ShareMonsieur5 (SM5) peutêtre considérée comme le début du film CostumeGris.

10/01/2004. Appartement. Vernissage chez Michèle Chomette. Couloir de l'entrée, des autocollants signalétiques -attention à l'avion- ?! Dans ce sas, les manteaux vides s'entassent…vestiaire improvisé. Les gens blablattent. Toutes ces figures. Quel est mon rôle ? Figurant d'un scénario… celui de CostumeGris et de quelques pièces à convictions. J'entre en salle. Accrochage de tirages numériques, preuves d'une manipulation visuelle. Un mur d'impressions virtuelles. Deux jeux : dix milles bornes ou une triviale poursuite de nos particules amoureuses. Les je jouent mon rôle -aïe- et cette ambiance de fiction soap…électro ? Dans les coulisses la dépouille textile de costume gris et des effets personnels. Ses brochures de voyages. Il aime la suisse montagne ? …une autre dépouille…la valise déborde d'une toilette brodée de clitoris. Dans ma scène principale : moi, l'écran aux images sans visages, et le fauteuil (digne d'une névrose confession) rattaché à un stylo et sa page en plasma. Je m'installe. Elle me tend un diamant alcoolisé. Je bascule de l'autre côté du plasma. J'écris mon scénario. …en fait je ne sais plus très bien. Tout se mélange dans ma tête. Hybrides reliques visuelles - les imagos éphémères papillonnent ma tête et noircissent mes yeux. Je n'arrive plus à savoir le quoi du quoi. Dans l'appartement l'hôtesse au clitoris me proposait un second diamant psychotrope. Les éclats ingurgités de ce diamant de Proust me promettent un voyage mental non-retour…l'état final dure quelques heures seulement. -Chouette. Les choses deviennent (in)cohérentes. Faits et coïncidences. [un avion dans un étrange brouillard a disparu puis réapparu le ../../...., à l'atterrissage, les montres des passagers retardaient … l'aéroport de Miami n'a jamais entendu parler de ce vol]. C'est horrible comme tout se mélange. Tout est faux, tout est vrai. J'oubliai ce fauteuil qui m'invitait à la navigation par la Shakespeare machine. Le casque sur mes oreilles. Ma tête reliée à la machine. Je suis partie très loin… Les imagos de mon diamant de Proust reviennent. Dans mon triangle des Bermudes. J'ai dû m'allonger sur le sable de cette plage. Le ciel tournait ses étoiles …ou alors ma tête…commence à tourner sur moi-même. Juste avant de disparaître. Trop vite. Je mour(r)ais. Les vagues ont à présent une douleur plus rouge. Vous savez ces villages de vacances préfabriqué(e)s. Là-bas aussi les montres s'arrêtent. Sur le sable allongée dans ma tête j'ai hurlé aphone. Les h(orr)eures respirent faibles et sourdes. Le décor cartonpâte ne sait pas ce que c'est qu'un cri, il n'a pas bougé, m'a étouffée. Je n'existe pas. Je crois, …tout est faux. Le ciel est trop bleu de carte postale…un peu le ciel acier du monde parfait de Truman Show,…les chaînes de montagne s'étendaient à perte de vue couronnées de neiges éternelles. Il aurait été beaucoup plus simple de rester sur place ou de sauter. Dans ma chute le film défile. Le timeline de mon voyage virtuel est un anneau de Moëbius. Je cours immobile sur ce tapis roulant. Les autres sont loin et ne font rien. Physiquement je ne peux pas revenir. J'habite ici. Etrangement tout seul. J'adore vivre au bord de la mer. J'adore la solitude et la présence de la mer. Ou alors je ne sais plus. Je n'arrive pas à savoir. Peut-être que j'étais là-bas. Au bord de la mer. Pourtant j'y ai assisté, j'avais des éclats du pare-brise jusque dans la bouche de cette voiture explosée. Malgré sa grande exactitude théorique, l'homme s'avère en pratique approximatif, voir inutile désireux de rendre le passé plus précis. Oui…jusque dans la bouche des éclats de verre…je n'avais qu'un livre -Glamorama-entre les mains. L'hôtesse m'a donné trop de diamants de Proust. Mon avion s'est écrasé nulle part ailleurs. Ma boîte noire a disparu. Je ne sais pas d'où j'écris. Ces bruits de courants d'air vident toujours ma tête. A moins que ce ne soit le bruit de particules glissantes -mes particules sanguines-. J'ai toujours ce casque sur les oreilles. Ma tête reliée à la machine. Allongée dans le fauteuil. Ma tête reliée par deux fils électrorganiques à cet écran, -moniteur- vidéo. Ma réalité (ex)pensée. Ma réalité expansée. Ce sera donc ça mon eXistenZ …

Cécile Brescia

Installation, schéma, 300 x1200 galerie michèle chomette
CostumeGris / Pièces à conviction

Exposition
Galerie Michèle Chomette, Paris. Du 13/1/04 au 28/2/04. CostumeGris / Pièces à conviction est l'exposition d'un film en cours de réalisation, et, c’est aussi une étape du projet Shakespeare Machine. Cette exposition propose d'une part, une vision éclatée de l'univers du film, " open source ", l’envers d’un décor en élaboration, offert à la visite, D'autre part, elle met en valeur la méthode spécifique d'écriture : celle-ci a lieu à la fin, par manipulation audiovisuelle, et non avant, comme pour le cinéma. Une archéologie sournoise : CostumeGris / Pièces à conviction est un territoire sémantique glissant, une dispersion d'indices incitant les visiteurs à leur propre enquête, à toutes formes de reconstitutions possibles. Que se passe-t-il ? Se passe-t-il quelque chose ? CostumeGris / Pièces à conviction met en jeu trois types de pièces : -Audiovisuelles : films, rushes, échantillons. -Extrapolations : Images photographiques manipulées. -Objets spéciaux : Pièces réalisées pour le film, et y ayant un statut d'acteur.
Diamants psychotropiques (Julia Tabakhova) : comestibles, irresistibles...
ShareMonsieur 4. film numérique, 18 minutes. 2003.